Les cinquante premières années du Syndicat de la Librairie Ancienne et du Commerce de l’Estampe en Suisse

1939 - 1945

«Le dernier point traite, mais aussi le plus important,» fut le ‘clearing’. Suite à la crise économique mondiale (1930 et ss.), le clearing - mode d'exécution des paiements où les créances et les exigibilités sont compensées - prenait toujours plus d'importance; en effet, un nombre croissant de pays abandonnait (en raison de la pénurie de devises et d'or) la liberté du trafic monétaire international au profit d'un régime de contrôle des changes et, via les contingentements, subordonnait le trafic des marchandises à la volonté des autorités gouvernementales. Les nouveaux détenteurs du pouvoir en Allemagne avaient introduit le régime de contrôle des changes en 1935, 1'avaient fortement durci en mars 1939 et, après le début de la guerre, 1'avaient également imposé aux pays occupés. Abstraction faite des conséquences pratiques pour les libraires antiquaires exportateurs, dont nous reparlerons encore, ces mesures, couplées à la décision que seuls des livres et des gravures d'origine suisse pouvaient être exportés par voie de clearing, entrainèrent une jungle de dispositions et de déclarations gouvernementales dans laquelle les individus ne distinguaient plus rien.

Hellmut Schumann, le plus expérimenté en la matière de par sa fonction de libraire d'exportation et de livres rares, fut 1'expert du syndicat pour les questions d'exportation et de contingentement; il avait élabore, à 1'intention de 1'AG, un mémoire volumineux qu'il présenta à une «heure avancée». Vu son volume, il n'a pas été reporte dans le procès-verbal (et il n'a malheureusement pas été conservé avec les documents) mais, à 1'époque, il avait été mis à disposition des membres. Outre les énormes difficultés rencontrées, il révélait également «1'attitude jusqu'alors assez peu bienveillante des autorités concernées. La comparaison de toute une série de décisions du département de 1'économie publique a permis de constater, d'une part, leur nature contradictoire et, d'autre part, le fait que notre branche est toujours laissée pour compte dans les questions de clearing». Le comité ne veut pas cependant abandonner ses efforts «visant à une amélioration de ce problème vital» et mettra tout en œuvre pour «inciter la division du commerce à prendre une décision irréprochable et conforme à nos intérêts; ceci s'applique particulièrement au concept d'origine et à 1'octroi de certificat pour les anciennes possessions suisses». Les membres furent alors priés de fournir au comité une copie des lettres qu'ils avaient envoyées aux autorités (division du commerce du département de 1'économie publique, chambres de compensation, chambres du commerce, etc.) et des réponses qu'ils avaient reçues, - «les adresses, les prix, etc., peuvent sans autres être omis ou découpés, car seule la justification nous intéresse» - afin que le comité soit à même de mieux étayer ses démarches à Berne. A la fin des débats, un télégramme fut encore composé et envoyé le même soir: «Au comite de la division du commerce du Département fédéral de 1'économie publique, Berne. L'Assemblée générale du Slaces, tenue en ce jour, [comme si le comite visé connaissait cet acronyme] invite à nouveau instamment la division du commerce à témoigner de plus de générosité pour les exportations à destination des pays de clearing, faute de quoi la situation, déjà précaire, risquerait de devenir catastrophique pour la branche».

Un télégramme de prompt rétablissement fut également envoyé au Président malade; la séance fut close à 19:15 heures, quand, sous les applaudissements spontanés de l'assistance, Klipstein eût remercié Schumann de sa direction de l'AG et des grands efforts consentis pour le syndicat.

Les problèmes d'exportation et de contingentement

Après ce que nous venons d'entendre, personne ne sera surpris d'apprendre que les problèmes d'exportation et de contingentement ne sont pas un simple fil d'Ariane que 1'on retrouvera au long des rapports annuels et des procès-verbaux suivants, mais une véritable corde. Il faut encore dire quelques mots à propos des ‘contingents’. Les exportations suisses vers 1'Allemagne (vitales pour la Suisse encerclée par les forces de 1'Axe et dépendant du charbon allemand) ne furent pas exclusivement payées par des contre-prestations allemandes mais également par des crédits de clearing de la Confédération. (Suite à des négociations très dures et à la menace permanente de bloquer les importations, l'Allemagne réussit à faire monter ce crédit de clearing à 1119 millions de francs jusqu'à la fin de la guerre). Par contre, les autorités suisses avaient la possibilité de corriger, en leur faveur, les contingents accordés par 1'Allemagne, tout en tenant compte et en coordonnant les besoins de toutes les branches d'exportation du marché intérieur. Le contingent global que 1'Allemagne avait fixé pour les livres était chaque fois communiqué au Département fédéral de 1'économie publique (dans un rapport de Schumann daté de 1943, il est écrit à ce sujet: «Le contingent relativement important qui était à disposition a été reparti depuis Berlin et non depuis Berne. Nous dépendons entièrement de la bonne volonté des autorités allemandes...»), qui en donnait connaissance soit directement, soit via les instances de compensation du SBV. Une partie de ce contingent était attribuée à la librairie ancienne, puis repartie une nouvelle fois entre les différents marchands. Cette répartition se faisait chaque année, sur la base des exportations réalisées et annoncées aux instances de compensation durant l'année précédente. Il est inutile de mentionner que ces «attributions», d'abord entre le syndicat des libraires et celui de la librairie ancienne, ensuite entre les divers marchands de livres anciens, constituaient une tâche très difficile pour le comite.A cela, s'ajouta encore (depuis le début de la guerre) la disposition rendant presque impossible toute exportation, et selon laquelle seuls les livres imprimés en Suisse étaient admis dans le clearing. Toutefois, cette disposition put être quelque peu ‘adoucie’, en ce sens que les livres et les ouvrages graphiques, dans la mesure où il pouvait être prouvé qu'ils se trouvaient depuis cinq ans en Suisse, étaient autorisés à 1'exportation en tant que ‘possession ancienne’. Des exceptions à ‘1'obligation de clearing’ étaient d'ailleurs possibles lorsqu'une affaire d'exportation pouvait être effectuée sous forme de troc.Le comite fit de réels efforts en envoyant des requêtes aux autorités concernées pour retenir 1'attention et se faire entendre, mais, dans le rapport de 1'exercice 1940/41, nous lisons, «que nos efforts relatifs au clearing entre la Suisse et 1'Allemagne n'ont en aucune façon conduit à une amélioration de nos intérêts durant 1'exercice... Les circonstances ne permettent pas à la division du commerce de nous faire plus de concessions que par le passe sur les moyens limites disponibles pour les exportations... Le syndicat poursuivra ses efforts pour obtenir, compte tenu des circonstances présentes, les résultats les meilleurs possibles pour notre profession et le secrétariat est constamment prêt à soutenir chaque membre, par des actes et des conseils, dans ses efforts pour obtenir des contingents.»La dernière phrase ne relevait pas de la simple rhétorique - comme nous le verrons bientôt avec le prochain problème, 1'impôt sur le chiffre d'affaires (ICHA) - car, outre le clearing maintenant suffisamment connu (bien que nous n'ayons pas du tout parlé des démarches, obligatoires pour chaque envoi, qu'il fallait alors entreprendre dans les bureaux de 1'administration pour obtenir les papiers et les formulaires nécessaires), il y avait encore bien d'autres questions pour lesquelles les membres étaient heureux de pouvoir compter sur 1'assistance et les renseignements du comité. Parlons encore un instant des exportations: à 1'époque, il n'était vraisemblablement pas facile de connaître les voies postales praticables, pour expédier des paquets dans les pays étrangers libres (à 1'exception de la voie allant de Genève à Marseille, via la zone française non-occupée). Par exemple, quels livres pouvait-on encore envoyer en Angleterre, qui avait promulgué de nombreuses dispositions d'importation et de confiscation? «Yes, old books are liable to seizure except in cases where it is proved that purchases from Germany are made before September 3, 1939... No certificate of origin is required by British Chamber of Commerce in the case of early printed books» répondit le syndicat anglais à notre President, le 30 janvier 1940.

Dans les très rares documents conserves de cette époque, il ne se trouve malheureusement pas d'autre exemple qui permettrait de mieux illustrer les conditions quotidiennes de travail; nous sommes donc contraints de nous référer à nouveau aux rapports annuels lesquels, comme de coutume, sont tenus de manière plus évasive. Nous en citerons cependant deux phrases car elles reflètent approximativement le climat de ces années. «Une nouvelle année placée sous le signe de la guerre vient de s'achever et les nombreuses ordonnances et limitations qui y furent promulguées donnèrent beaucoup de travail au comité et aux membres», et «Les difficultés économiques engendrées par la situation politique augmentèrent encore durant 1'année écoulée. Les échanges internationaux, vente ou achat, si importants pour la librairie ancienne sont aujourd'hui tout à fait insignifiants; l'offre nationale se réduit régulièrement et la progression, constatée dans le dernier rapport annuel, du chiffre d'affaires national de certaines maisons a sans aucun doute atteint et dépassé son point culminant. L'évolution future des affaires West pas très claire et dépend de facteurs que nous ne déterminons pas nous-mêmes.»

II faut encore ajouter quelques mots sur ‘la progression, du chiffre d'affaires national de certaines maisons’; les documents du caissier contiennent suffisamment de pièces qui montrent qu'il y avait aussi, durant ces années, des maisons qui avaient de la peine à se maintenir à flot. Ainsi, par ex., un jeune collègue qui n'était pas en mesure de payer sa cotisation annuelle déclarait: «les affaires en ce moment sont excessivement calmes».
S'il faut parler ici jusqu'à satiété des problèmes d'exportation (car ils apparaissent également partout dans les procès-verbaux et les documents), il ne faut pas oublier que, pour le grand nombre (proportionnellement à sa population) de libraires antiquaires qui exerçaient en Suisse, les exportations et les importations constituaient un problème effectivement ‘vital’, le marche intérieur ne suffisant à réaliser les chiffres d'affaires nécessaires. Evidemment, la situation en Suisse durant ces années de guerre ne peut être en aucune façon comparée au dénuement des pays directement en guerre et, sur un tel arrière-plan, il est presque inconvenant de parler de difficultés. Il faut cependant les dépeindre pour montrer au jeune lecteur d'aujourd'hui les conditions-cadres qui existaient à 1'époque. La menace existentielle permanente engendrée par le fait d'être encerclé - et la jeune génération actuelle n'y pense presque plus - était alors ressentie beaucoup plus fortement que les restrictions imposées.

Le 22 décembre 1940, le syndicat perdit déjà un de ses initiateurs. Agé de 40 ans seulement, Julius Hess, originaire de Munich, mourut inopinément dune crise cardiaque lors d'une excursion à ski. Son engagement, sa disponibilité et sa popularité au près des collègues (et dont des échos sont parvenus jusqu'au chroniqueur) permettent de deviner tout ce que ce brillant libraire antiquaire aurait encore pu entreprendre pour notre syndicat et notre profession.

Pour défendre leurs intérêts économiques, le SBV, les éditeurs et le Slaces décidèrent d'adhérer ensemble au Vorort de 1'Union suisse du commerce et de 1'industrie. La partie des coûts globaux à la charge de notre syndicat s'élevait à fr. 300.-, raison de 1'augmentation à fr. 35.- de la cotisation annuelle, en 1942.

L'impôt sur le chiffre d'affaires (ICHA), introduit en 1941, engendra un problème ou un sujet qui, depuis cette date, ne disparaitra plus, ou du moins que provisoirement, des points traites aux AG et des procès-verbaux. Certes, à 1'époque, on pensait que cet impôt avait été crée pour couvrir les énormes dépenses de guerre et qu'il serait à nouveau supprimé à la fin de la guerre; les recommandations et les invitations au ‘patriotisme fiscal’ («personne ne doit se dérober devant la nécessité de 1'ICHA») faites aux membres lors de 1'AG extraordinaire, qui avait justement été convoquée pour traiter de cet ICHA, devaient correspondre à 1'état d'esprit qui régnait alors. Schumann et Voirol s'étaient informés de leur mieux sur ce nouvel impôt afin de pouvoir, lors de cette Assemblée générale, expliquer aux membres le fonctionnement de 1'ICHA, avec des exemples pour la comptabilité et des instructions pour 1'évaluation des stocks, afin de donner une certaine homogénéité aux déclarations fiscales. Un passage du procès-verbal montre que ces explications ne furent certainement pas superflues; selon ce passage, «les autorités se refusaient à donner des renseignements écrits, car les instances compétentes avaient sans doute constaté d'elles-mêmes les failles et les carences de la loi et elles voulaient garder les mains libres pour 1'avenir». Cette accusation fut reprise une année plus tard, avec 1'indication supplémentaire que 1'administration de 1'ICHA «demandé par contre toujours davantage de renseignements au comité et aux membres. A 1'avenir, il est recommandé de refuser oralement de donner ces renseignements».

‘L'obligation d'afficher les prix’

Du reste, ceci s'est également appliqué à ‘1'obligation d'afficher les prix’, introduite en avril 1942; le comité recommanda alors à ses membres de présenter un comportement uniforme: «des efforts, entrepris en commun avec le syndicat des artisans et relatifs à ... assouplir en notre faveur 1'obligation d'afficher les prix des marchandises, ... marquer les pièces qui sont exposées dans la vitrine, dans le magasin ou dans des salles d'exposition; par contre, il ne peut pas être exigé que les livres rangés dans les rayons soient marqués sur leur couverture; toutefois, le comité recommande d'être si possible en accord avec le texte légal, ne serait-ce qu'en prévision de 1'impôt sur les produits de luxe dont 1'introduction ne saurait trop tarder.

Notre syndicat doit éviter que les livres et de simples gravures soient soumis à 1'impôt de luxe. Nous ne pouvons donc pas prétendre qu'il s'agit d'objets d'art qui sont certes exemptes de 1'obligation d'afficher les prix mais qui seront alors sûrement soumis à 1'impôt de luxe.» On était également prêt à aller jusqu'à une dénonciation qui ferait jurisprudence et mettre les frais du procès à la charge du syndicat. Mais on en discuta lors d'une séance du comité et on ajouta au procès-verbal que «ce point ne devait pas être traité en détail mais seulement mentionné dans le rapport annuel et que seuls des renseignements oraux devaient être fournis lors de 1'AG».

Livres recherchés

Le thème des ‘livres recherchés’ fut un autre problème, à l'époque urgent, traité à la première AG de la Neuveville. Pour que le jeune lecteur comprenne bien son importance et les vagues émotionnelles qu'il suscita dans les épisodes suivants (qui ne seront cependant pas diffuses en détail), le chroniqueur doit une nouvelle fois remonter dans le temps. En raison de la situation économique, la recherche de livres pour les clients (surtout les livres de faible prix et la littérature scientifique) avait alors (et aura jusque vers la fin des années 50) une grande importance pour le chiffre d'affaires de la plupart des libraires antiquaires (nous sommes encore bien loin de 1'âge du reprint et de la photocopie). Ainsi, avant la guerre, les périodiques étrangers traitant de ce sujet, comme ‘The Clique’ en Angleterre, ‘Le Bouquiniste’ en France et les colonnes correspondantes dans la ‘Börsenblatt’ en Allemagne, jouissaient d'un très vif succès. Après 1939, les libraires antiquaires suisses s'efforcèrent, maintenant en tant que quasi partenaires du syndicat des libraires, à étendre - sous la forme d'un projet commun - la rubrique ‘livres recherchés’ dans la revue ‘Anzeiger für den schweizer. Buchhandel’ (laquelle parut encore, jusqu'en 1943, en tant que journal professionnel indépendant aux éditions Orell Füssli). On voulait, soit étendre le cahier ‘Anzeiger’, soit, de préférence, envoyer à tous les collègues en Suisse et à 1'étranger un tiré à part des ‘livres recherches’. Mais en même temps, cette rubrique prit aussi une importance beaucoup plus significative pour les libraires, car de nombreux ouvrages, qui n'étaient encore pas du tout épuisés, ne pouvaient plus être obtenus directement de 1'éditeur en raison des circonstances de 1'époque. Les deux professions en arrivaient ainsi presque automatiquement à chasser sur le même terrain, d'autant plus que les libraires souhaitaient une diffusion aussi large que possible des ‘listes de recherche’, alors que les libraires antiquaires voulaient en limiter la diffusion aux membres de leur profession (afin que les nombreux ‘marchands amateurs’ - et il n’en manquait pas à 1'époque - ne puissent pas s'informer avec trop de facilité quels soient les titres actuellement ‘recherchés’). La controverse se durcit lorsque le SBV édita le journal professionnel (sous le nouveau titre «La libraire suisse») en propre régie, et avec sa propre rédaction; elle se révéla parfois presque hostile, en particulier entre deux protagonistes, lorsque les libraires antiquaires virent que leurs vœux n'étaient point pris en compte. Les relations, en principe bonnes, entre le SBV et le Slaces n’en furent pas sérieusement perturbées et, déjà lors de la première année de parution de la «La libraire suisse» (cahier 19, octobre 1943), parut un numéro spécial sur notre profession avec trois articles: ‘Bibliophilie et librairie ancienne’, d'Eugene Reymond; ‘Das wissenschaftliche Antiquariat’, de H. Schumann; et ‘Vom bibliophilen Antiquariat’, de A. Frauendorfer.

Le problème des ‘livres recherchés’ resta en quelque sorte en suspens et il perdit peu à peu de son explosibilité initiale. Apres la guerre, les échanges internationaux de livres reprenant lentement, le ‘problème de 1'acquisition du matériel’ perdit de son acuité et les périodiques susmentionnés de listes de recherche purent à nouveau être utilisés. Avec la conjoncture de réédition qui s'engageait vers la fin des années 50, quand de nombreux ouvrages importants furent à nouveau livrables, le service ‘livres recherchés’ perdit de son importance et, en raison de la croissance des coûts occasionnés, devint de moins en moins rentable pour les livres de moindre valeur. Malgré tout, de nombreux libraires antiquaires continueront à offrir ce service à la clientèle. Mais nous nous sommes ainsi un peu trop avancés dans le temps et devons revenir aux années de guerre.

Expositions

Comme déjà mentionné, A. Frauendorfer avait fait une proposition à 1'AG de La Neuveville, à savoir «organiser une exposition commune du syndicat dans diverses villes suisses, petites et moyennes». Ce projet reçut «1'approbation unanime de 1'Assemblée» et Messieurs Frauendorfer et Rohr furent désignés en tant que ‘comité d'exposition’, «lequel devra immédiatement s'occuper, avec la collaboration du comite directeur, des travaux préparatoires nécessaires à cet effet». Lors des discussions ä ce propos, il fut relevé «qu'il fallait d'abord et surtout tenir compte des petites villes ayant une vie culturelle bien marquée» et «que la campagne nous offre encore plus de perspectives de propagande que les grandes villes sursaturées». Le projet n’en resta pas au niveau de la simple rhétorique, comme cela est souvent le cas dans les assemblées générales, mais, grâce à 1'engagement des deux collègues zurichois, une suite d'expositions de vente fut rapidement mise sur pied. La première, du 22 novembre au 15 décembre 1940, eut lieu à Weinfelden, dans la «Thurgauer Heimatstube im Scherbenhof»; elle fut tenue sous la devise: «livres et ouvrages graphiques rares et beaux, vues du canton de Thurgovie, Helvetica, impressions anciennes et de luxe» et une carte postale d'invitation verte, tape-à-1'œil, fut envoyée pour 1'ouverture. Le décompte obtenu montre que la manifestation ne fut pas un véritable triomphe et que le succès commercial - de même que celui des expositions suivantes - resta ä un niveau plutôt modeste. Des 14 membres qui y participèrent, dix d'entre-eux vendirent ensemble pour un montant total fr. 1'046.-, duquel il fallait déduire le 15% pour le ‘Scherbenhof’ et les fr. 15.10 que chaque exposant devait en plus débourser pour les frais généraux.

L'exposition suivante eut déjà lieu en janvier 1941, dans le ‘Kunstverein’ de Winterthour; un catalogue imprime fut même édité à cette occasion. L'écho de la presse locale fut si bon que les administrateurs du ‘Kunstverein’ proposèrent d'en faire une exposition périodique, ce qui ne fut toutefois pas réalisé. La troisième exposition eut lieu à Burgdorf, et il en est question dans une circulaire datée du 18 mars 1941: «L'exposition bien réussie de Burgdorf est terminée. La fréquentation fut très bonne et les ventes peuvent également être qualifiées de réjouissantes puisque 11 sur 13 participants purent vendre des ouvrages graphiques ou des livres». La même circulaire contient un appel pour 1'exposition à St. Gall: «Des ouvrages d'auteurs célèbres, de tous les domaines des sciences ou de 1'esprit mais avec une préférence pour les sujets suisses, si possible en première édition, devraient être exposés à la bibliothèque de la ville (Vadiana). Cette exposition à St. Gall devrait valoir à notre syndicat des honneurs tout particuliers.» Mais là également - et il en fut pratiquement de même à la cinquième exposition à Aarau - le succès se mesura plus en termes ‘d'honneurs’ que de profits matériels. En effet, nous pouvons lire dans le rapport annuel 1940/41:

«Quoique le succès financier des expositions ne saute pas aux yeux, il ne faut pas sous-estimer le succès psychologique et ne pas oublier la publicité insistante qui, au profit de tous, a ouvert la voie à notre syndicat et est certainement tombée sur un sol très productif. Nous en voulons pour preuve les nombreuses lettres de reconnaissance que nous avons reçues et les articles, en partie élogieux, publiés dans les journaux et périodiques régionaux».

D'autres expositions furent planifiées à Lugano, Lucerne, Coire, Morat, Sion et Lausanne, mais elles ne furent pas réalisées. Ceci fut imputable, en partie à la baisse de ferveur des exposants et au manque d'intérêt des institutions abordées, mais dépendit certainement aussi du fait que les expositions planifiées furent confiées à la responsabilité d’une commission autre que celle qui avait organise les expositions précédentes,«que nous devons au mérite et à 1'énergie de Messieurs Frauendorfer et Rohr».

•  "Une espèce particulière"

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